Les bougies de la démocratie, entre Hong Kong et Tiananmen

Pour la première fois en trente ans de commémoration, le rassemblement du 4 juin au Parc Victoria à Hong Kong a été interdit. Durant trois décennies les hongkongais.e.s se sont souvenu.e.s de ces étudiant.e.s, intellectuel.le.s et ouvrier.e.s mort.e.s sur la place de la porte de la paix céleste (天安门广场) la nuit du 3 au 4 juin 1989. Cette année, les autorités hongkongaises n’ont pas donné leur feu vert en raison des mesures de distanciation sociale toujours en vigueur, et qui ne cessent d’être prolongées.

Les voix se taisent, dans une dizaine de quartiers

« Soyez informe, soyez comme l’eau », cette formule de Bruce Lee a imprégné le mouvement pro-démocratique. Ainsi, le rassemblement s’est adapté. S’il était impossible que tou.te.s se rejoignent au grand parc sur l’île de Hongkong, la commémoration a été organisée partout sur le territoire. Le mot d’ordre, rassemblez vous là où vous êtes. Dans des dizaines de quartiers, les hongkongais.e.s ont allumé des bougies et chanté des slogans et des chansons en souvenir du Printemps de Pékin et de sa fin tragique.

Cependant, les barricades autour du parc Victoria, n’ont pas empêché les militant.e.s de s’y installer. A huit heure, chaque participant.e avait sa bougie ou sa torche de portable en main, neuf minutes plus tard, aux quatre coins du territoire et pendant une minute, les voix se sont tues. Des drapeaux pro-indépendance flottaient au dessus de la foule et les bougies formaient au sol les chiffres 8964 ou 八九六四 , la date du massacre. Des législateurs pro-démocratiques avaient prié la policie anti-émeute de ne pas s’approcher du parc pour que l’évènement se déroule dans le calme. Sur l’île donc, après avoir nettoyé la paraffine tombée au sol, la foule s’en est retournée, mais sur la péninsule de Kowloon, certain.e.s participant.e.s ont quitté le trottoir pour occuper la rue. Plusieurs manifestant.e.s ont jeté des objets sur la route pour arrêter le trafic. La police est alors arrivée en trombe, bloquant la rue. Des agents en civil se sont jetés sur des militant.e.s et la police anti-émeute s’est déployée, arme « moins létale» à la main.

7 semaines de contestations

Sur les cônes entourant les bougies, le mot vérité, car les militant.e.s hongkongais.e.s réclament la reconnaissance du massacre par le parti communiste chinois. Pour le gouvernement, 241 personnes sont décédées ce jour la, mais l’OTAN estime que ce serait plutôt 7 000 personnes qui auraient perdu la vie. C’est une date qui n’apparaît pas dans l’histoire en Chine car il est tabou d’en parler, toute allusion à ce jour est censurée sur internet. En 1989, pendant 7 semaines de contestation précédant l’arrivée des blindés et des mitrailleuses, les militants dénoncèrent la corruption de la classe politique en réclamant des réformes politiques et démocratiques. Jusqu’à un million de personnes auraient occupé la place Tiananmen.

Pourquoi cette trentième commémoration est-elle si significative à Hong Kong en 2020 ? Depuis plus d’un an, les militants pro-démocratique se sont battu contre la loi sur l’extradition, contre la loi sur l’interdiction du port du masque, contre la loi sur le drapeau et hymne national puis contre la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin. Autant de loi qui mettent en péril le principe « un pays, deux systèmes », cher aux pro-démocratiques. Si la loi sur l’extradition a été retirée, il reste les quatre autres demandes, d’où le slogan « 5 demandes, pas une de moins ». Quant à la loi qui punit les insultes au drapeau et à l’hymne national, elle est passée au parlement hongkongais le jour de la commémoration, le 4 juin.

Photos : Hong Kong, 4 juin 2020, commémoration du massacre de Tiananmen à Mongkok (quartier de la péninsule de Kowloon).

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