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Prématurés et Covid-19 : une après-midi au service de néonatalogie de Valenciennes

Le Centre Hospitalier de Valenciennes dispose d’un service de nĂ©onatalogie reconnu. Depuis 2016, il a obtenu la certification NIDCAP*, une mĂ©thode amĂ©ricaine qui permet une prise en charge efficace des bĂ©bĂ©s prĂ©maturĂ©s et de leurs familles. Vendredi dernier, j’y ai passĂ© une après-midi, afin de mieux comprendre son fonctionnement Ă  l’heure du Covid-19.

Le service de néonatalogie du Centre Hospitalier de Valenciennes travaille en étroite collaboration avec la Maternité Monaco

Le service de nĂ©onatologie assure la prise en charge de bĂ©bĂ©s prĂ©maturĂ©s et des enfants Ă  terme, dont l’Ă©tat de santĂ© nĂ©cessite une hospitalisation. Il se dĂ©compose en trois unitĂ©s : unitĂ© de rĂ©animation (soins intensifs,16 lits), l’unitĂ© de nĂ©onatalogie (soins courants, 10 lits) et l’unitĂ© koala ( 6 lits en maternitĂ©). CertifiĂ© NIDCAP depuis 2016, il a pour objectif, avec cette mĂ©thode, de diminuer la durĂ©e d’hospitalisation en amĂ©liorant le dĂ©veloppement du nouveau-nĂ©, avec l’aide de ses parents.

“Il y a des cas qui restent en tĂŞte, qui nous marquent plus et qu’on n’oublie pas”

Karine, infirmière puéricultrice et référente de soins du service
Karine, infirmière puéricultrice et référente de soins du service.

Cela fait 30 ans maintenant que Karine travaille dans ce domaine. A Valenciennes, elle est infirmière puĂ©ricultrice et alterne avec trois autres collègues sur le poste de “rĂ©fĂ©rente de soins” pour une pĂ©riode de trois semaines. Elle gère alors l’organisation du service, comme par exemple la gestion des commandes, la collaboration avec les mĂ©decins sur les changements de secteurs des enfants ou bien encore leurs transports.

Durant la crise sanitaire, elle a l’impression d’avoir Ă©tĂ© protĂ©gĂ©e par rapport Ă  d’autres secteurs qui ont subi des bouleversements beaucoup plus importants que son service. On est finalement restĂ© sur notre zone de confort, on n’a pas Ă©tĂ© amenĂ© Ă  aller dans un autre service. Après c’est sĂ»r notre façon de travailler a changĂ©, on a dĂ» s’adapter Ă  certaines contraintes, comme le port du masque continu, les visites rĂ©duites, se coordonner pour le temps de pause afin de ne pas ĂŞtre trop nombreux dans un espace rĂ©duit… Mais je pense que le plus gros bouleversement c’est de ne pas pouvoir faire rentrer toutes les personnes qu’on voudrait, on se limite maintenant aux papas/mamans”, explique-t-elle.

Le service travaille beaucoup sur la prĂ©sence de la fratrie. En effet, pour l’Ă©quipe mĂ©dicale, c’est important que les frères et/ou sĹ“urs viennent rencontrer le nouvel arrivant dans la famille, qu’ils crĂ©ent du lien, notamment dans ces conditions très particulières de la prĂ©maturitĂ©, qui font que le bĂ©bĂ© reste plus longtemps hospitalisĂ©. “On avait aussi Ă©tendu les visites Ă  la famille proche depuis quelques temps, comme les grands-parents, ce qui permettait aussi un soutien très important pour les parents dans ces pĂ©riodes assez difficiles, souligne Karine. Depuis, le reconfinement et les restrictions sanitaires ceci n’est plus possible.

Les parents aux côtés des enfants prématurés

Marin, entouré de sa mère Marion lors de sa sieste

Un enfant est considĂ©rĂ© comme prĂ©maturĂ© s’il naĂ®t avant 8 mois et demi de grossesse, soit 37 semaines d’amĂ©norrhĂ©e. Accoucher avant la date prĂ©vue du terme n’est pas sans risques et sans sĂ©quelles pour le nouveau-nĂ©. Il existe trois stades de prĂ©maturitĂ© :

La prĂ©maturitĂ© moyenne : naissance entre le 7ème et 8ème mois de grossesse, dans ce cas, l’enfant est simplement plus fragile et doit rester sous la surveillance d’un pĂ©diatre, dans un service de nĂ©onatalogie.

La grande prématurité : naissance entre le 6ème et 7ème mois de grossesse, le nouveau-né doit bénéficier de soins particuliers en unité de réanimation néonatale.

La très grande prĂ©maturitĂ© : naissance avant le 6ème mois de grossesse, le bĂ©bĂ© peut ĂŞtre exposĂ© Ă  des problèmes respiratoires, Ă  des immaturitĂ©s digestive, rĂ©nale, du système nerveux central etc…

J’ai pu m’entretenir vendredi, avec Marion la maman de Marin et Arnaud, le papa de Manon, deux grands prĂ©maturĂ©s, nĂ©s Ă  25-26 semaines (environ 5 mois et demi). Ils m’ont livrĂ© leur ressenti face Ă  la crise sanitaire et les restrictions qu’elle leur impose pour l’accueil de leur nouveau-nĂ©. Rencontres.

Marin , sous lunettes à oxygène (apport en oxygène par sondes nasales) dans les bras de sa mère Marion

Marion attendait des jumeaux, tout au long de sa grossesse, il n’y pas eu de difficultĂ©s particulières, “avec le virus, on a essayĂ© de faire attention de ne pas se retrouver dans des lieux trop bondĂ©s, notamment pendant les vacances. Un dimanche j’ai commencĂ© Ă  avoir des douleurs dans le ventre et dans le bas du dos. Je me suis rendue Ă  la maternitĂ© de Fourmies qui m’a auscultĂ© et on m’a directement transfĂ©rĂ©e sur Valenciennes.

Avec diffĂ©rents traitements, l’Ă©quipe mĂ©dicale a rĂ©ussi Ă  repousser l’accouchement de 24h, Milo et son frère Marin naissent alors Ă  26 semaines. Dès sa naissance, on diagnostique Ă  Marin la maladie des poumons du prĂ©maturĂ©, c’est-Ă -dire qu’il est instable au niveau respiratoire, car ses poumons ne sont pas matures. Il dĂ©veloppe alors plusieurs autres problèmes de santĂ© : pneumothorax, infections, problèmes de rĂ©gulation de glycĂ©mie… “Aujourd’hui, certains soucis sont rĂ©glĂ©s, ça va mieux que ça n’a Ă©tĂ©, mais sa respiration continue encore Ă  l’handicaper”, prĂ©cise sa maman. Son frère, symbolisĂ© par un papillon vert sur la première photo, dĂ©cèdera malheureusement 4 jours après sa naissance Ă  cause d’une infection.

Marion rejoint l’avis des soignants, l’impact du Covid sur les restrictions des visites se fait ressentir, “on a accrochĂ© plusieurs photos de nos familles au mur, mĂŞme s’ils ne peuvent pas venir, ils restent quand mĂŞme prĂ©sents. L’Ă©quipe mĂ©dicale nous soutient aussi. En tant que parents ce n’est pas forcĂ©ment Ă©vident. Lundi ça fera 12 semaines qu’on est ici, on fait partie des meubles maintenant (rires)… C’est un service oĂą ils sont très humains et sans leur soutien je crois que ça serait plus compliquĂ©”.

“Le parcours des prĂ©maturĂ©s c’est un peu les montagnes russes : un jour ça va, l’autre ça va moins bien.”

Mélanie, une des infirmières du service de néonatalogie

Dans la pĂ©nombre de la chambre 1, des machines entourent la couveuse de Manon, nĂ©e Ă  25 semaines, elle reste sensible aux sons et Ă  la lumière. En peau Ă  peau avec son père Arnaud, 5 petits doigts dĂ©passent de la couette. Cas-contact Arnaud a Ă©tĂ© sĂ©parĂ© quelques temps de sa fille et de sa femme. Après un premier test nĂ©gatif, il a pu les retrouver,ensuite je suis redevenu cas-contact, j’ai eu le covid et je n’ai pas pu les revoir avant deux semaines, c’Ă©tait vraiment pas Ă©vident”, complète Arnaud.

Il comprend que les restrictions de visites soient aussi dĂ©licates Ă  vivre pour le reste de la famille. “Nous on peut encore venir la voir mais c’est complexe pour le reste de la famille, la petite est ici, isolĂ©e. Pour les grands-parents, ils ont du mal Ă  se rendre compte de comment elle est physiquement. Ses deux grands frères ne peuvent pas non plus venir la rencontrer, ce n’est pas vraiment Ă©vident Ă  expliquer”, prĂ©cise-t-il.

Manon, en peau Ă  peau avec son père, recevant des soins de la part de l’Ă©quipe mĂ©dicale

S’adapter face Ă  la crise sanitaire

” Le Covid a un impact assez important sur les parents. Ici, en temps normal, il y a des visites assez rĂ©gulières avec le reste de la famille comme les fratries, les grands-parents etc… Sans celles-ci, parfois c’est difficile… Alors avec le reste de l’Ă©quipe, on fait tout pour accompagner et soutenir au mieux les familles.”

explique Mélanie, une des infirmières du service de néonatologie
MĂ©lanie a suivi les cas de Marin et Manon

MĂ©lanie est infirmière et depuis six ans et demi elle travaille dans le service de nĂ©onatalogie, elle raconte qu’ “au niveau de notre quotidien avec le Covid, ce qui change c’est qu’on doit tout le temps ĂŞtre masquĂ©. C’est vrai que ce n’est pas facile de rester toute la journĂ©e comme ça, mais on n’a pas vraiment le choix : il faut protĂ©ger et prĂ©server nos petits prĂ©maturĂ©s, leurs parents et nous soignants. A une pĂ©riode, environ mai, nous avons eu des cas Covid ; on s’habillait vraiment avec la charlotte, la combinaison, les lunettes de protection… ça prenait plus de temps que la normale, on ne connaissait pas non plus tous les protocoles, il a fallu s’adapter“, ajoute-t-elle.

Depuis mercredi dernier, elle suit l’Ă©volution des prĂ©maturĂ©s Marin et Manon : “Marin est ce qu’on appelle un “gros prĂ©ma”, il a longtemps Ă©tĂ© intubĂ©, pour lui cela a Ă©tĂ© dur un long moment. Maintenant, il est sous lunettes Ă  oxygène et en chambre avec d’autres prĂ©maturĂ©s. Manon, elle aussi est une grande prĂ©ma, elle est nĂ©e Ă  25 semaines, et reste encore fragile et sensible Ă  la lumière mais aussi aux sons. C’est pour ça qu’elle est seule dans une chambre dans la pĂ©nombre. Contrairement Ă  Marin, elle est sous ventilation avec un masque qui englobe son nez. Au niveau des besoins, pour l’alimentation par exemple, c’est compliquĂ© ça s’Ă©tend sur 1h30“.

De l’autre cĂ´tĂ© du service : les soins courants

Une mère discute avec une autre dans le couloir, en respectant les gestes barrières

ComposĂ© de 10 lits, les soins courants permettent aux enfants, Ă  partir de 34 semaines, d’ĂŞtre directement en chambre avec leur mère. Avant cette date, ils passent systĂ©matiquement par la rĂ©animation et les soins intensifs, parce qu’ils ont besoin d’une aide respiratoire. Les soins courants sont une bonne transition avant le retour Ă  la maison, cela permet de terminer l’apprentissage du bĂ©bĂ© pour l’alimentation par exemple et d’autonomiser les parents.

L’Ă©quipe mĂ©dicale, vĂ©ritable soutien des familles

L’Ă©quipe mĂ©dicale reste Ă  l’Ă©coute des parents et crĂ©Ă©e des carnets souvenirs

Pendant cette pĂ©riode très difficile qui impose des contraintes supplĂ©mentaires aux familles et les isole, les soignants rassurent, entourent et restent Ă  l’Ă©coute pour diminuer l’impact de l’absence des proches. Auparavant leur prĂ©sence Ă©tait fortement recommandĂ©e pour aider les familles dans ces moments difficiles.

“Le service est vraiment exceptionnel, les mĂ©decins et infirmières sont très prĂ©sents et disponibles pour nous, mĂŞme les dames de service qui nous fournissent des repas. Ce sont des petites choses mais ça nous permet d’ĂŞtre soutenus dans ces moments, qui ne sont pas Ă©vidents”.

Marion, mère de Marin prématuré né à 26 semaines

Après leur passage dans le service, de nombreuses familles repartent avec le carnet souvenir, rĂ©alisĂ© par les soignants. Très souvent, en remerciement pour les soins apportĂ©s, elles offrent des chocolats, des dessins ou bien encore juste un mot. Tous, ornent d’ailleurs l’ensemble des murs de la nĂ©onatologie en tĂ©moignage du temps passĂ© dans le service.

NOTE : NIDCAP*, Programme Néonatal Individualisé d’Évaluation et de Soins de Développement

4 rĂ©actions Ă  “PrĂ©maturĂ©s et Covid-19 : une après-midi au service de nĂ©onatalogie de Valenciennes

  1. Très bel article qui permet de découvrir le quotidien de notre fille puéricultrice à Valenciennes. Une vraie vocation.

  2. Merci à vous pour ce bel article. J’ai pris plaisir à vous accompagner et vous faire découvrir notre quotidien. Karine

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