Reportage – Dunkerque : syndicats et maintien de l’ordre lors de la visite d’E. Macron

Il est 6h30. Sur le quai de la gare Lille Europe, un attroupement d’une vingtaine d’individus se forme, sous le regard distant d’un agent des renseignements généraux. Voilà deux jours que l’action s’organise. Et l’objectif du petit groupe est clair : se réunir devant l’usine AstraZeneca de Dunkerque, que doit visiter Emmanuel Macron.

Une ambiance bonne-enfant règne dans le wagon en direction de Dunkerque.

La plupart des personnes sur place sont des syndicalistes, cheminots de Sud Rail, de la CGT… Des journalistes et des observateurs de la ligue des droits de l’homme se glissent également dans la masse. A 6h50, c’est dans la bonne humeur que tous prennent place dans le wagon numéro 8. A 7h30, les militants arrivent enfin en gare de Dunkerque, sous la surveillance des voitures et des fourgons de police qui attendent devant la gare.

Il faut dire que la venue du président de la République passe mal. Certains militants regrettent notamment qu’Emmanuel Macron ne soit pas aussi prompt à venir discuter avec les manifestants qu’à communiquer à travers l’entreprise AstraZeneca. Ils ne manquent pas non plus de souligner les liens entre l’usine pharmaceutique et Black Rock, la multinationale au cœur de récentes polémiques, qui est l’une des principales actionnaires de l’entreprise (à hauteur de 7% du capital).

Dans le bus, les manifestants s’entassent.

Arrivé sur place, le groupe envahit immédiatement l’un des bus gratuits qui sillonnent la ville. S’engage alors un jeu inhabituelle entre la police et les “semeurs de trouble”. Une des camionnettes s’engage en effet dans le sillon du bus, et le suit sur plusieurs arrêts. Ça n’est que lorsque les photographe descendent, pour finir le trajet à pied, que la camionnette s’arrête. Trois policiers en sortent et, sans raison apparente, relèvent nos noms, nos adresses, et les agences pour lesquelles nous travaillons, avant de nous laisser repartir -en nous indiquant tout de même l’emplacement de la manifestation.

Phase 1 : blocage prés du lycée de l’Europe.

A un rond point adjacent au lycée de l’Europe, une cinquantaine de manifestants entament un barrage. Il est 8h du matin et rapidement, des bouchons se forment. La plupart des individus présents sur place se revendiquent de la CGT. Beaucoup sont des Gilets Jaunes. De nombreux visages, que l’on croise habituellement en manifestation à Lille mais qui n’étaient pas dans le train de 6h50, se détachent maintenant de la foule.

A gauche, un Gilet Jaune. A droit, Paty Coquelaëre. Elle est candidate aux élections municipales de Boulogne-sur-mer, au sein de la liste FI/Gilets jaunes “Boulogne en commun”.
Rapidement, des embouteillages se forment.
Un pompier sors de son camion pour constater les feux.

Alertée par les feux de pneus, une équipe de pompiers arrive. Après une rapide discussion avec les syndicalistes, et sous les cris du slogan “Les pompiers avec nous !”, ces derniers par repartir, après avoir plaisanté quelques instants avec les manifestants. A Dunkerque comme ailleurs, les pompiers sont aussi en grève.

A Dunkerque comme ailleurs, les pompiers sont en grève.

Phase 2 : blocage de l’autoroute A16

Il est 9h lorsque les manifestants décident de se diriger vers l’usine AstraZeneca. Ils prennent l’initiative de bloquer l’autoroute A16, adjacente au bâtiment, qui semble en fait être le seul point de passage non-surveillé par les forces de l’ordre. Néanmoins, il ne faudra pas plus de 15 minutes avant que des fourgons de CRS prennent position devant l’usine, faisant rapidement reculer les fauteurs d’ordre.

Des manifestants bloquent l’autoroute A16 adjacente à l’usine AstraZeneca.

S’engage alors un étrange ballet entre policiers et manifestants. Malgré les sommations, il n’est pas fait une seule fois usage de gaz lacrymogènes. Les CRS sont en fait dans une posture dissuasive, et tandis qu’ils continuent d’éloigner les manifestants, il semble manifeste que leur objectif est avant tout de confiner au maximum les protestation, et d’éloigner autant que se peut les “fauteurs de trouble” de l’usine AstraZeneca. Les manifestants ne doivent en aucun cas compliquer l’opération de communication du président.

Un long face-à-face oppose manifestants et CRS aux abords de l’autoroute. Ce n’est qu’au bout d’une dizaine de minutes qu’arrive le commissaire de police, qui entame alors des sommations à se disperser.
Au regard de l’attirail des CRS, leur posture dissuasive semble évidente. S’ils ne feront pas usage de leurs armes une seule fois, ils sont lourdement équipés : en plus des boucliers traditionnels et des matraques téléscopiques, ils disposent de plusieurs lanceurs de balle de défense, de lanceurs cougars, de masques à gaz que certains porteront durant toute la durée de la manifestation…

Phase 3 : confinement des manifestations

Les manifestants sont finalement repoussés en périphérie de la ville, aux abords d’un quartier résidentiel. Sur le chemin, un avocat en grève et plusieurs manifestants sont interpellés, sans réel motif, alors qu’ils se retrouvent pris en tenaille entre deux unités de police.

Maître Henry-Francois Cattoir sera finalement relâché au bout de quelques heures.

La manifestation reprend son cours, et des blocages et feux de pneus reprennent à proximité du quartier résidentiel. Commence le jeu du chat et de la souris, entre la police et les manifestants. Entre intimidations et provocations, l’atmosphère emplie des fumées noires des barricades improvisées, l’ambiance se tend de plus en plus.

Une troupe de policiers fait face aux manifestants.

La situation finit par basculer au bout d’une demi-heure. C’est en effet aux alentours de 11h que les manifestants se retrouvent nassés, et le “cortège” divisé en deux. Les journalistes et les avocats se retrouvent séparés du reste des manifestants. Les forces de l’ordre procèdent alors à de nouveaux relevés d’identité, autant à destination de journalistes indépendants que du reporter de M6.

Marc Debeugny, vice-bâtonnier de Dunkerque, est nassé par les forces de l’ordre durant plusieurs dizaines de minutes. Il protestait bruyamment contre l’arrestation de son collègue Henry-François Cattoir. “Au secours ! Ils me nassent, je suis nassé, menacé !” crie-t-il.

Le vice-bâtonnier Marc Debeugny, lui, sera arrêté, après avoir été nassé pendant près d’une trentaine de minutes. Il protestait, très bruyamment, contre l’arrestation de maître Henry-François Cattoir. Après cela, d’autres manifestants sont encore à nouveau nassés, cette fois pendant près de 2 heures.

C’est donc un curieux sentiment qui caractérise cette journée de contre-manifestation. Loin des habituels débordement propre au maintien de l’ordre en France, il n’a pas été fait usage une seule fois de gaz lacryomgène, de matraques ou de LBD. La police elle, n’a eu à essuyer qu’un seul jet de projectile, qui s’est d’ailleurs écrasé quelques mètres avant sa cible. Toujours est-il que ce qui semblait pour les FDO être l’objectif de la journée a été un succès : permettre à Emmanuel Macron de faire la promotion de son gouvernement, dans un discours unilatéral qui, aux dires de la représentante locale de la CGT, ne laissaient que très peu de place à la discussion.

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