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Extinction Rébellion tente de secouer la métropole lilloise

Dans le cadre de la “Rébellion Internationale d’Octobre”, la branche lilloise du mouvement écologiste Extinction Rebellion s’est lancée dans un véritable marathon militant. Avec près d’une action par jour, retour sur une semaine de blocages et de symboles forts en faveur de l’environnement.

Le “rond-point du 21ème siècle”, occupé mercredi 14 octobre par les “rebelles”.

Initié au Royaume-Uni en 2018, le mouvement Extinction Rebellion a pour vocation d’alerter la population et les pouvoirs politiques sur l’urgence climatique et les enjeux en matière de conservation des écosystèmes. Cette dernière semaine (du 11 au 16 octobre 2020), les actions ont suivi un rythme particulièrement soutenu, lié à la “Rébellion Internationale d’Octobre” qui vise à mobiliser de manière intense tous les “climactivistes” du globe, simultanément. Même si du dire de militants, “avec le COVID, chaque antenne fait comme elle peut.”

La “rébellion d’octobre” à Lille en dates

11 octobre 2020

“Notre sang”

Action symbolique sur l’inaction politique.

11 octobre 2020
12 octobre 2020

“Plastic attack”

Action de blocage pour protester contre l’usage excessif de plastique dans la grande distribution.

12 octobre 2020
14 octobre 2020

“Ça va pas supermarcher”

Action de blocage en faveur de la “Résilience alimentaire”.

14 octobre 2020
15 octobre 2020

“Laissez les fleuves tranquilles”

Sit-in pour dénoncer la pollution des eaux dans le Nord.

15 octobre 2020

A Lille comme ailleurs, la structure bien particulière d’Extinction Rebellion

Les actions du groupe étant globalement toutes illégales, une vraie culture du mystère entoure les échanges avec les rebelles. La plupart des participants aux actions n’obtiennent d’ailleurs l’essentiel des informations qu’au dernier moment.

“Jacquot”, un des activistes, a passé près de 5h en garde à vue après une action le 14 octobre.

C’est avant tout manière de garder secret le lieu des évènements, afin de retarder l’intervention des forces de l’ordre. Il faut bien dire que plusieurs actions menées cette semaine se sont ponctuées par l’arrivée de la police nationale, parfois venue simplement constater les faits.

Le faux sang est amené en voiture sur le lieu de l’action. Les rebelles mettront moins de 5 minutes à transporter le matériel du véhicule jusqu’à la passerelle.
Pour éviter tout conflit avec les autorités avant que l’action ait pu avoir lieu, les activistes se divisent en groupe de moins de dix personnes. Il s’agit de ne prendre aucun risque qui puisse remettre l’action en cause.

Ainsi, chaque action est à demi-mot organisée par un activiste différent. C’est, entre autres, de ce modèle qu’Extinction Rebellion cherche à tirer sa légitimité en tant que mouvement : les préoccupations environnementalistes ne sont pas l’affaire d’un responsable mais de chacun. Le mouvement ne se veut pas de représentant, et les rôles sont redistribués à chaque action.

Si les rôles tournent entre les actions, certains activistes aux prédilections particulières se retrouvent souvent avec les mêmes tâches.

De la sensibilisation au spectacle

L’action d’Extinction Rebellion se conjugue tant sur le terrain que sur les réseaux sociaux, et par extension à travers les médias. XR Lille a été particulièrement actif cette semaine sur Facebook, publiant plusieurs fois par jour sur la Rébellion Internationale d’Octobre. Principal relai entre le terrain et les réseaux sociaux, les “médiactivistes” : ils adhèrent au mouvement et sont en charge de la création de contenu autour des blocages et des actions de sensibilisation. Tout est diffusé en direct, parfois en étant relayé par la page nationale d’Extinction Rebellion -c’est notamment arrivé durant l’action du 14 octobre.

A droite, un médiactiviste diffuse en live sur Facebook les revendications du mouvement.
Sarcastiquement, le live des rebelles s’est renommé “Amish News”, tout la semaine durant. Petite pique à Emmanuel Macron qui qualifiait d’Amish les opposants à la 5G.

La sensibilisation des activistes d’Extinction Rebellion Lille repose ainsi beaucoup sur une forme de “spectacle”, de mise en scène, faite pour interpeller. On pourrait finir par y voir une forme d’artivisme.

Le jeudi 15 octobre, sit-in devant la préfecture pour dénoncer la pollution des eaux dans le Nord. Une digue appartenant au sucrier Tereos a notamment rompu début avril, entrainant la mort de milliers de poissons par intoxication dans l’Escaut.
A 18h sur République, l’action a de quoi interpeller les passants.
Autre action symbolique spectaculaire : les rebelles déversent des litres de faux sang à la citadelle pour dénoncer l’inaction politique en matière d’environnement, dimanche 11 octobre.

Une lutte véhémente et paradoxalement pacifique

Mais à Lille, Extinction Rebellion ne s’arrête pas à l’artivisme. Plusieurs actions de désobéissance civile ont confronté les rebelles aux forces de l’ordre, la plus notable de cette semaine ayant probablement été celle du mercredi 14 octobre, sobrement intitulée “Ça va pas supermarcher”. Les militants ont tenté de bloquer la circulation autour du “rond point du 21ème siècle”, devant Auchan V2, en occupant la chaussée avec de la paille et des armlocks.

Les armlocks sont des blocks de bétons auxquels s’attachent les militants, avec des cadenas ou des mousquetons. Leurs bras, “protégés” par des tubes solides rattachés au béton, les rend très difficiles à déplacer.
Un policier tente de détacher les manifestants avec un pied de biche, sans succès.

Ces méthodes s’inscrivent dans une opposition nettement plus frontale et véhémente, même si elles le demeurent moins que dans les grandes métropoles mondiales.

La police finit par transporter les activistes hors de la chaussée, armlock toujours au bras.

Le groupe se revendique pourtant pacifique. Il est vrai que durant cette semaine de mobilisation, aucune invective ni aucune agression ne semble avoir été infligée aux forces de police.

Un militant d’Extinction Rebellion essaye d’expliquer aux automobilistes les raisons du blocage. “La plupart des gens sont assez réceptifs. Mais là je viens de tomber sur une caissière qui doit aller bosser, c’est plus compliqué.”
Des activistes, encore arnachés au armlock, discutent résilience alimentaire avec des policiers. Dans le fond tout le monde est d’accord : “il faudrait consommer plus local, faire vivre les petits producteurs, émettre moins de gaz à effet de serre”.

Dans de nombreuses villes de France, des actions similaires ont pris place. Reste pourtant à savoir si ces actions de sensibilisation, qui ont pour objet d’interpeller les responsables politiques, sont suffisantes. Dans la légende du colibri, la forêt finit tout de même par bruler.

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