Le Nord, c’est toujours les corons

Le Nord-Pas-de-Calais fut une grande région industrielle jusque dans les années 90. Aciérie et pétrochimie furent deux grands secteurs. Pourtant, l’exploitation du charbon est bien seule dans notre paysage contemporain, faisant d’elle, le dernier témoin de ce passé.

Reportage Coron 2020 1020514
Terril d’Estevelle [premier plan] et d’Harnes.

De Lens à Valencienne, on trouve des terrils, des anciens sites d’extraction, mais aussi des “trous” qui servent de musées ou des logements ouvriers réhabilités. Un patrimoine dont la région ne sait parfois plus quoi faire. Car en effet, la reconversion n’a pas toujours été facile.

Le terril, ce tas de roche et de terre, est facile à reconvertir. A Estevelle et à Libercourt dans le Pas-de-Calais, ces terrils sont au cœur d’un parc et au bord de villes constituées d’anciens “corons”. Si ces derniers sont souvent entièrement réhabilités, des maisons abandonnées persistent. D’ailleurs, qu’est-il resté des sites d’extraction ? Dans certaines villes, tout à disparu. Rasés, ils sont remplacés par des immeubles ou un parking. A Oignies, la commune a été audacieuse. Le vaste site du 9-9 Bis, est désormais un pôle culturel et artistique. Les bâtiments accueillent des expositions, des enfants pour faire des activités périscolaires. Mais le lieu phare de ce nouveau pôle, c’est le Métaphone, grande salle de concert qui accueille des artistes toute l’année. Le site accueille le Trail des Pyramides Noires -110 km de marche à travers les terrils- accompagné d’une grande fête musicale qui réunit plusieurs écoles de musique. Malheureusement, tous les sites n’ont pas eu la même chance…

9 9 Bis Juin 2020 1030729 scaled
Au sommet du Terril 110, on a vue sur le 9-9 Bis et les environs de Oignies. Le quartier est rempli de vieux corons.

A Billy-Bercleau, la Fosse N°5 est devenu une grande friche privée. Le terrain devait être réhabilité en logements sociaux, mais la municipalité n’a trouvé aucun acheteur. Étrange jardin que l’on trouve au bout d’une impasse. A Haisnes-les-La-Bassée, la Fosse N°6 classée “Monument Historique”, est désormais un vaste squatte. On y fait de l’escalade, des tags, du paintball, des feux de camps. “Et là encore vous avez de la chance. D’habitude y a plus de monde” me dit un garçon de mon âge. Avec ses copains, ils prennent le soleil sur le toit. Malgré ses 159 ans d’existence, le site est abandonné par la commune et la région, faute de moyens. Ce patrimoine, reconnu par l’UNESCO depuis 2012, ne devrait pas être un poids. Car oui, certains sites et cités ne sont pas reconnus.

Reportage Coron 2020 1020895
C’est à peu près tout ce que l’on peut voir de la Fosse N°5 à Billy Bercleau.

De ce fait, certains corons sont laissés de côté, parfois abandonnés. A Wingles, le plan d’urbanisme est un casse tête. Trois cités -du Pont, de la Gare et des Sports- sont reconnues par l’UNESCO. Ces logements ont été réhabilités et réaménagés. Quatre autres cités ne sont pas inscrites à ce patrimoine, et n’ont pas eu de réhabilitation en profondeur. En 2018, une enquête publique est menée sur le plan d’urbanisme de la commune. L’enquêteur note : “Le règlement trop directif, pour les cités non UNESCO (aussi bien pour les bailleurs sociaux que pour les propriétaires privés), ne laisse pas place à une plus large interprétation qui pourrait conduire à un non entretien contraire à la préservation souhaitée“. Mais Wingles n’est pas la seule commune à faire face à ce problème. Libercourt a aussi eu énormément d’anciens corons restés vétustes jusqu’en 2014.

Reportage Coron 2020 1020508
La Cité de la Fosse N°24 à Estevelle fait partie d’un parc, les logements ont eu droit à un grand réaménagement.

“Le Nord c’était les corons, la terre c’était le charbon”. En réalité, ces lieux marquent toujours le quotidien de milliers de flamands, de “Ch’ti”, d’artésiens et d’hainuyers (habitants du Hainaut). Après cette petite galerie, je vous propose une carte interactive pour mieux situer les lieux recensés dans ce reportage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les images présentées sur ce site appartiennent à leurs auteurs. Pour toute réutilisation, contactez-nous à contact@collectif-gerda.fr